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Festival Rumeurs Urbaines 03. Le travail de mieux vivre ensemble est un travail de fourmi

Le travail de mieux vivre ensemble est un travail de fourmi


Par Sheryl Gnegbo et Enfiriya Assoumani

Rencontre avec Bernard Canillac, directeur de l’association de prévention Les 4 chemins à Colombes qui a fêté ses 40 ans d’existence en 2015.

Pouvez-vous nous parler de l’association de prévention Les 4 chemins ?
Je pourrais en parler pendant 3 jours ! Mais je vais faire rapide... L’association existe depuis 1975 et était habilitée, à ses débuts, pour exercer une mission de prévention spécialisée dans le quartier du Petit-Colombes. Petit à petit, elle s’est développée et a pu travailler dans le quartier du Petit-Nanterre et du Parc à Nanterre ainsi qu’à Europe à Colombes. Depuis 2013, nous intervenons aussi dans les quartiers du Chemin de l’île et du Vieux port à Nanterre.

Quand on parle de prévention spécialisée, cela signifie qu’une habilitation est prononcée par le Conseil départemental qui nous autorise à travailler sur un territoire pour venir en aide à un public âgé de 11 à 25 ans pris dans des processus de rupture. Plus prosaïquement, cela concerne par exemple tous les jeunes présents aux pieds des immeubles. Dans un premier temps, notre mission est d’aller vers ces jeunes avec des équipes composée d’éducateurs qui circulent dans le quartier et ce jusqu’à 10h du soir en binôme pour discuter, entrer en relation avec ces jeunes et essayer de leur proposer des solutions individuelles ou collectives.

Parmi ces solutions, pour les 18 ans et plus, nous proposons des chantiers éducatifs qui sont des premières mises à l’emploi dans des métiers aussi divers que le bâtiment, les espaces verts, la création vidéo... on est ouvert à plein de choses. Ces chantiers permettent de voir avec le jeune ce qui va ou pas pour prétendre, dans un futur proche, entrer dans un processus d’insertion et, à terme, trouver un emploi. Trouver un emploi ça passe aussi par des stages, des formations...

Pour les 11-16 ans, on travaille en lien avec les collèges, les jeunes et leurs familles en direction de ceux qui sont dans des problématiques d’absentéisme, de décrochage ou d’exclusion scolaire. On mène un travail de rue mais aussi dans et autour des collèges, on essaie de créer du lien pour prendre le problème en amont, avant qu’ils décrochent complètement ou avant l’exclusion.
On fait des mini séjours de remobilisation avec des petits groupes de 5 jeunes maximum pendant le temps scolaire où l’on essaie de travailler sur les raisons de leur démotivation pour redonner du sens à leur scolarité. Pour faire naître des déclics sur ce qu’ils aimeraient faire plus tard, on essaie de trouver des entreprises à visiter, des stages en immersion afin de faire le lien entre le collège et la réalité. C’est une proposition qui se révèle pertinente même si on n’y arrive pas à 100%.
D’une manière générale, on intervient de manière éducative : ça prend du temps mais c’est plus efficace que la répression ou la sanction telle qu’elle peut être menée par les forces de police par exemple.

On intervient aussi au niveau des conduites à risques et addictives. L’année dernière, on a travaillé auprès de deux groupes de collégiens de Gay-lussac et Paparemborde avec qui on a réalisé un film sur les dangers de la sortie du collège : traverser la route, jouer au foot, se bousculer, se disputer... Il nous semble important important que ce soit les jeunes eux-mêmes qui en parlent à d’autres jeunes.
On travaille aussi en lien avec le CAARUD (Centre d’Accueil, d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues) : on discute avec les jeunes sur ce qu’ils consomment et pourquoi. On ne travaille pas sur l’interdiction totale (ce qui est le cas dans les séjours) on essaie d’abord de faire baisser la consommation et de leur faire comprendre que, pour aller au travail le matin, il faut arrêter de fumer. Là aussi on fait intervenir des jeunes qui vont parler directement aux jeunes.

Quels types de chantier proposez-vous ?
Des chantiers remise en peinture mais aussi espace verts avec végétalisation de dalles incluant des réunions et des moments festifs pour inclure les habitants dans la démarche. Un chantier apiculture, des chantiers vidéo où les jeunes filment et montent lors d’évènements festifs, un chantier chantiers communication (tractage), enquêtes publiques. Tous ces dispositifs permettent de créer du lien et de montrer que les jeunes peuvent faire autre chose que tenir les murs. Les gens ont souvent peur des jeunes qu’ils voient comme une source de problème plutôt qu’une richesse. Or il suffit de discuter avec eux pour être convaincu ! C’est là que les forces de police ne sont pas adaptées : elles peuvent intervenir en cas de problème mais ne peuvent pas rester sur place. Le travail de mieux vivre ensemble est un travail de fourmi qui se construit pas à pas, un travail de longue haleine.

Comment sélectionnez-vous les projets ?
Le premier niveau de validation c’est le besoin des jeunes : de quoi ont-ils besoin ? On essaie d’identifier la demande implicite. Par exemple ce jeune qui cherche un emploi et qui ne dira pas directement qu’il fume trop pour y arriver seul. En fonction de ça, on propose des réponses individuelles et collectives.
Les projets partent des demandes pour créer une relation de confiance, on propose donc parfois des activités très attractives pour amorcer le dialogue.
Le rapport fille-garçon est une problématique sur laquelle on travaille beaucoup. Avec le groupe des 12 jeunes en service civique, 5 filles et 7 garçons majeurs, on a eu des problèmes, on leur a donc demandé de créer une fiction où ils inverseraient leurs rôles et on a réussi à avancer sur cette question et maintenant ça se passe mieux entre eux. On n’a pas de baguette magique mais on a réussi à faire prendre conscience aux garçons qu’ils avaient été trop loin. Ce n’est pas en posant des règles strictes que cela va s’améliorer, c’est en faisant des choses ensemble : l’objectif étant que cet effet perdure quand ils ne seront plus avec des éducateurs. C’est comme si on s’arrêtait au feu rouge uniquement parce qu’il y aurait un policier devant : on cherche à leur faire comprendre qu’il faut s’arrêter même s’il n’y a personne pour contrôler ou vérifier, parce que c’est pour le bien commun.

Quels changements majeurs constatez-vous depuis 40 ans dans le domaine de la prévention spécialisée ?
Essentiellement des changement dans la loi concernant la prévention spécialisée qui modifient l’approche de notre métier. Un des principes fondateurs de la prévention c’est la libre adhésion, cela signifie que les éducateurs doivent convaincre le jeune d’adhérer mais s’il ne veut pas, on ne peut pas le forcer,
Le second grand principe c’est le respect de l’anonymat. La PJJ (Protection judiciaire de la Jeunesse) a des mandats nominatifs par exemple, l’opposé de nous. Or l’anonymat n’a plus le même sens aujourd’hui puisque on doit communiquer sur l’identité des bénéficiaires pour obtenir des aides. Disons qu’on essaie de garder comme principe la confidentialité.

Et puis ce qui a beaucoup changé surtout c’est le contexte socio-économique : il y a 40 ans, quand un jeune cherchait un emploi, on pouvait facilement trouver des solutions. Ce n’est plus le cas aujourd’hui donc les jeunes n’ont plus l’occasion d’avoir de multiples expériences. Dès qu’ils trouvent quelque chose, il faut s’accrocher, d’où le travail en amont pour être au plus près des attentes de l’entreprise (sans pour autant être servile). Ce contexte est détérioré aussi pour les hébergements temporaires en foyer de jeunes travailleurs. Je ne suis pas pessimiste pour autant, on arrive à pas mal de résultats mais on ne rencontre plus les mêmes difficultés.
Les quartiers sont aussi plus stigmatisés qu’autrefois, les politiques, relayés par les médias ont ainsi comparé de manière abusive le Petit-Colombes à des quartiers de Marseille (ndlr : en 2013, suite aux fusillades ayant eu lieu dans le quartier).
Enfin il est de plus en plus compliqué d’obtenir des financements pour travailler. Le département finance l’association à 85% puis la région, l’Europe, les bailleurs sociaux, la politique de la ville... mais le social est touché par la crise économique, au même titre que la culture.


Comment envisagez-vous l’association dans 40 ans ?

La prévention est aujourd’hui minoritaire en France, j’espère que cette méthode va se développer car elle permet d’aller auprès d’un public qui a du mal à aller vers les dispositifs existants. Or c’est une méthode qui fonctionne pour les populations qui se sentent – à juste titre ou pas – exclues.
L’association compte un peu moins de 50 salariés actuellement or la mode est aux regroupements donc il se peut, à terme, que les clubs de prévention de la Boucle Nord fusionnent. Avec Asnières-sur-Seine et Gennevilliers, nous avons déjà des outils en commun : une auto-école associative avec des véhicules prêtés par un club, des conducteurs mis à disposition par un autre, des salles de code... Environ 200 jeunes passent ainsi leur permis chaque année. On va aussi mettre en commun des chantiers éducatifs. Se regrouper peut nous permettre d’être plus forts et plus efficaces mais l’évolution peut aussi aller vers une disparition car la prévention ne relève pas des dépenses obligatoires du département contrairement à l’aide sociale à l’enfance par exemple. Ce n’est pas un risque immédiat mais cela peut se produire.

Depuis 2009, un second établissement a été créé autour des chantiers au sein de l’association avec la prise en charge de 12 jeunes en service civique pendant un an et un suivi plus pointu sur un temps long. On peut tout à fait imaginer que cet établissement d’insertion prenne plus d’ampleur. On travaille aussi avec un foyer de jeunes travailleurs pour avoir des places attitrées, on en a actuellement 3 et l’objectif est de monter à 7.

Les jeunes qui se trouvent dans le quartier ne veulent qu’une chose : pouvoir s’inscrire dans la société de manière normale. On ne peut pas nier qu’il y a un trafic de drogue qui parasite les jeunes mais ils y participent par défaut plus que par conviction. Pour preuve, certains jeunes préfèrent suivre un chantier et gagner moins qu’en dealant. Très peu de jeunes entrent vraiment dans la délinquance.



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