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Festival Rumeurs Urbaines 07. Pour une valse autour de la Terre

Pour une valse autour de la Terre


Par Pierre Carrive

De septembre à décembre 2015, Pierre Carrive et Rachid Akbal se sont rendus à la résidence Marcelle Devaud à Colombes pour rencontrer les résidents et leur proposer de découvrir Mon vieux et moi tout en racontant leurs propres souvenirs. Portraits choisis.

Pour une valse tout autour de la terre, pour une balade en avion au dessus de Colombes, pour une danse mexicaine au son de l’orgue de barbarie, il y a...

Il y a René qui n’entend pas bien, René qui lit souvent, seul dans son coin. René préoccupé par sa femme qui est là, pas loin. « Mon premier baiser, c’est celui d’hier » dit-il. René qui écoute la main derrière l’oreille, René qui sourit, les yeux fermés quand nous lisons des chansons d’amour. René, le charcutier, qui aime la mer et a parcouru les routes de Normandie à vélo. De Saint-Julien-sur-Calonne à Colombes. C’est à Colombes que se trouvait sa dernière boutique, rue Stalingrad ; sa femme travaillait à ses cotés. Il est là derrière ses étals. Bel homme. Toujours un léger sourire aux lèvres. Accueillant, aimable mais discret. Il laisse le client venir à lui. Surtout ne pas l’importuner de questions embarrassantes et inutiles ou de publicités tapageuses sur ses produits. La fidélité des clients est le gage de la qualité. Il y a bien une préparation qu’il réussi mieux que les autres, mais jamais il ne le dira. Et sa femme est là, qui veille. À la charcuterie, ils parlent peu. Ils se connaissent si bien. Parfois ils se regardent faire l’un l’autre, apprécient la précision du geste. Leurs mains, des mains qui si souvent se sont tenues. Rouler la pâte, malaxer la farce, trancher la viande, battre la sauce, hacher la chair, casser les oeufs, éplucher, peler, dépecer, couper, émincer, débiter puis trier la monnaie. Et le dimanche en été, quand il fait trop chaud pour marcher, regarder main dans la main le tour de France à la télé.

Il y a Andrée, bien droite dans ses bottes, Andrée née à Alger, rue Amam, dans Bab el Oued. Andrée élevée chez les soeurs à cornette. Andrée qui aimait un père qu’elle ne connaissait pas. Andrée qui s’est mariée en tailleur avec un chapeau noir et une voilette au consulat. Lui, c’était un bel homme, gérant de café. Un jour qu’elle était de repos, il a offert sa tournée, ils se sont mariés. Andrée qui ne gaspille pas ses mots, comme l’eau dans les pays chauds. Andrée qui aime les gâteaux au miel et le soleil. Andrée qui est fière de son fils qui travaille à Casino. Andrée qui, à Dijon, avait deux caniches et dix perruches dans sa maison, pour ne pas oublier l’Algérie.

Il y a Josette, l’acrobate, qui faisait des salto au Québec, Josette qui ne s’en laisse pas conter. Au travail, ils lui donnaient des papiers, elle les regardait, disait si c’était bon et ils repartaient. Ils auraient pu le faire eux-mêmes dit-elle ! Oui, elle ne s’en laisse pas conter ! Au cinéma, quand arrivait le danger, elle tendait ses deux doigts en forme de révolver pour éloigner la peur. Sa mère n’était pas commode non plus, quand Josette rentrait du ciné, celle-ci la regardait d’un oeil noir : « C’est qui qu’a payé ? Si c’est ton p’tit capain (c’est comme ça qu’elle disait), ça va. » Ils était cinq à la maison, Josette était la deuxième, fallait tenir son rang ! Il y régnait un joyeux désordre, des enfants qui se disputent, jouent et sautent dans tous les sens et parfois la mère excédée qui élève la voix pour calmer son monde. Mais cela produit l’effet inverse, jusqu’à ce que le père s’en mêle. Et Josette qui me dit : c’est bien que vous soyez là, ça nous fait de l’air dessous les bras et dessous les jambes. Décidément, Josette…

Il y a Josiane, madame ici et un peu là-bas. Josiane qui a le sens de la répartie et aime rigoler. Josiane qui mène la danse et bat la mesure. Josiane qui donnait ses rendez-vous amoureux au Sacré Coeur, les recoins y sont nombreux. Josiane qui, quand son mari fautait, prenait le martinet et lui mettait sur le cul. Josiane la starlette du château de Versailles, la déléguée du personnel qui n’a pas sa langue dans sa poche. Josiane qui travaillait dans une cafétéria, dans la Creuse. Josiane qui virevoltait, au coup de feu de midi, avec toujours un bon mot pour l’ouvrier affamé, sachant remettre en place celui à la main trop leste, la voix forte pour envoyer les commandes et qui se faisait engueuler par son patron quand elle offrait des cafés à tout le monde, le jour de son anniversaire. Et quand il n’y a plus personne, quand il n’y a plus que des miettes sur les tables et de la sciure au sol, alors elle s’assoit pour reposer ses jambes un peu lourdes et, le sourire aux lèvres, elle chantonne en pensant aux joyeux tours qu’elle jouera à son mari à son retour.

Il y a Jacqueline, née à Toulouse, la copine de Josiane. Ensemble, elles ont le rire facile. Elle était sténo-dactylo à la Compagnie Electromécanique, rue du Rocher à Paris. Elles étaient plusieurs, rivalisant de coquetterie, dans la même salle, chacune à leur machine. Jacqueline tapait redoutablement vite. À dix-sept heure cinquante-sept, elles avaient toutes enfilé leurs manteaux et attendaient assise à leur place, le sac sur les genoux, que l’aiguille de la grande horloge au bout de la salle soit sur le six. Alors elles se levaient et quittaient les bureaux en papotant gaiement. Jacqueline se souvient des ses visites en Ariège où se trouvait sa famille et chaque matin, elle ouvre les rideaux avec l’espoir de la clarté du soleil.

Il y a Annick de Saint-Laurent de la Salanque qui sait danser la Sardagne. Annick qui déteste faire la vaisselle et adore enseigner. Annick la professeur d’anglais, l’oeil vif, la curiosité en éveil. Annick qui a rencontré l’homme de sa vie à un bal d’étudiant. Il m’a regardé, je l’ai regardé, on s’est aimé. Chouette, c’était vite fait a dit René. Ils se sont mariés sur la tour Eiffel. Ils sont arrivés en limousine, avec chauffeur. C’est lui, le chauffeur qui a fait la photo devant la tour. Il faisait froid, mais beau. Il y avait plus de cent personnes. Elle était là, majestueuse dans sa longue robe blanche, une capeline en plume de cygne sur les épaules, une toque sur la tête, de plumes blanches aussi et un sourire éclatant, avec tout Paris à ses pieds. Ils dansaient un rock endiablé, lui avait des airs d’Alain Delon dans son smoking neuf et elle la grâce de Romy Schneider. Les copains, ivres, lançaient des plaisanteries en anglais et la mère, folle de joie, répondait en catalan. C’était un vingt décembre. IIs sont partis aux Canaris, en voyage de noces. Là-bas il n’y a que des cailloux, mais aussi du soleil, et lui, il a la peau si douce.

Il y a Mauricette, Mauricette la bretonne ronde et joyeuse. Mauricette qui se souvient avec gourmandise. Qui se souvient de sa grand-mère qui nouait les gerbes de blé, qui se souvient de son grand-père qui la faisait sauter sur ses genoux en chantant une comptine bretonne (oni gausse gausse gausse oni gausse), qui se souvient des chevaux dans les champs, des tranchées que l’on creusait pour s’asseoir devant les nappes posées à même le sol lors des grandes fêtes, des cimetières où les trois-quart des tombes portaient le même nom, Mauricette qui se souvient des lutins dans les champs à trois coins, de la rivière de Kergroas et du canal de Nantes à Brest, Mauricette qui se souvient avec appétit, pour continuer, encore.

Et puis il y a Pierre qui tourne la manivelle, Rachid qui fait le zouave et Fatiha qui veille…



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